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Ressentir une fatigue, une grosse fatigue. Réfléchir, et constater toutes ces nuits à être réveillée. Depuis quand? 1 semaine, 2 semaines, 3 semaines? Peut-être bien un mois, sans avoir eu une nuit calme, douce et reposante. Ressentir cette fatigue et réfléchir. Constater. Réaliser.

Réaliser que ces derniers mois ont été embrumés. La tête dans les nuages? Non, la tête dans le brouillard et les pieds au radar. Mais toujours avancer. Faire face. Imaginer s'arrêter, tenter de reculer, de dévier. Et revenir perpétuellement sur ce chemin, divaguant sur les bas-côtés, dans cette brume fatiguante et ahurissante. Etre fatiguée, et avoir besoin d'être aidée. Demander une soirée, juste une journée pour travailler, sans avoir personne pour me solliciter, personne pour me demander à manger, un baiser, de l'aide pour ramasser.

Et culpabiliser. Culpabiliser de ne pas y arriver, de ne pas tout porter. Stupide culpabilité. c'est pourtant une évidence qu'on ne peur pas tout porter. Oser demander, enfin, prenant au sérieux ce gros besoin.

Mais culpabiliser de laisser la charge à une tierce personne un jour entier, 2 nuits complètes, de veiller sur ces 3 si jolies têtes. Espérer qu'ils seront parfaits, ni trop fatiguants, ni trop bruyants, ni trop sollicitants... Savoir pertinemment qu'ils dérangeront un quotidien savemment rempli. Satanée culpabilité.

Culpabiliser de les laisser, pour pouvoir respirer et dormir. Est-ce que ça vaut tout ce chahut? 45' pour les emmener, 45' pour revenir. La tête en vrac dans les sacs pourtant minutieusement préparés... Les kilomètres défilent, les pensées s'amassent. Biberon oublié, chaussettes  zappées. Sandales dans l'entrée...

Et puis enfin arriver, les réveiller pour les déposer. Discuter, échanger, embrasser, remercier et filer. Seule, dans une grande voiture, vide de sièges auto et de leurs trognes dans le rétro. Satanée Culpabilité. Avoir envie de pleurer, se sentir incapable d'en profiter. 

Chercher une station de radio. Zapper les musiques rythmées, les infos du 2-0. S'arrêter sur radio Musique, doucement, en fond, pour bercer, respirer, ne rien comprendre aux mots qu'ils sont en train d'y baragouiner, et s'en accomoder. 

Apercevoir, au loin, un espèce de bout d'arc en ciel, dans un ciel bleu tacheté de nuages blancs. Un bout d'arc en ciel juste à gauche d'un soleil couchant lumineux. Et moi, là, au milieu, qui roule seule sur cette route. Lequel de vous, là-haut, a balancé ce bout de lumière colorée sous mon nez?

Sourire, regarder, avancer. Se libérer la tête, s'allèger les épaules, et sourire encore. Gonfler les poumons, éteindre la radio, se laisser porter sur le chemin, prête à rentrer, chez moi, sans avoir personne d'autre à border que moi...