vacances 2009 076

Des bruits discrets, des pas qui se rapprochent autour du lit. Puis, le presque-silence, une excitation, une hésitation, un souvenir qui se crée. Deux pyjamas et une couche attendent le signal, dessins en mains et cœur en bouche... Et c'est le feu d'artifice, les voilà bondissants avec toute la maladresse des petits corps endormis. Tu es prise au piège. Des ponts, des boucles, ils font une attraction des cinq lettres du mot « maman ». Nous vous regardons. Tu es tellement vivante de leur avoir donné la vie. Je ferme doucement les paupières. Nous aussi avons quelque chose à faire ce matin. Mes cils sont des frontières, mes yeux des vaisseaux...

Tu n'as pas changé. C'est la grâce de l'oubli qui opère. Tant d'années à ne rien se dire que j'ai fini par tout croire. Ton sourire de façade se dessine, lui non plus n'a pas changé. Regardant mes mains, je réalise que je compte plus de doigts que de souvenirs. Fuir et se rapprocher. Te perdre pour me retrouver. Je pose un paquet sur la table. Il contient des vêtements qui ne sont plus à ma taille, des étiquettes sur lesquelles mon nom s'est effacé, des cailloux et des pierres qui ne me serviront plus. Mon chemin je l'ai trouvé. Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. Aujourd'hui, c'est la fête des mères et nous sommes là. Cabossés par nos croyances, portés par nos vies parallèles. Aujourd'hui, mon enfant intérieur a mis ses nouvelles baskets pour courir plus vite que la solitude. Il a fait des vagues en sautant à pieds joints dans une flaque. Il a passé une vie à ne pas te connaître et s'emerveille d'être face à toi. Son cadeau, la pleine présence en cet instant. Le reste, il sait aujourd'hui que tu le possèdes déjà, en toi, dans une boîte fermée à clé...

Je respire et regarde par la fenêtre. Je sais, maman, qu'à 60 km d'ici ton ciel a les mêmes nuances que le mien. Bonne fête.