l'etoffe des songes


Ces gestes que j’ai faits cent fois, ce matin je les fais avec toi. Croiser, plisser, déplier, nouer. Te glisser contre moi. T’envelopper dans une armure de soie, ton étoffe de roi. Pan par pan je bâtis ta confiance. Ni te tirer, ni te pousser. Simplement t’élever à hauteur d’Homme, à hauteur de vies. Celle de l’instant, celle de nos souvenirs, celle de tes songes.

Je m’imprègne de ta respiration, elle emplit ces fibres qui nous lient. Je t’observe petit homme, et parcours tes yeux clos. A distance de secrets, je chuchote les mots. Respirant ton arôme, et embrassant ta peau. Je déploie, fier, mes ailes. Nous faisons le grand saut.

Les aiguilles de l’horloge tombent, nous nous envolons. Le temps n’a pas d’emprise sur la gravité. Vivons notre rêve, notre conte, une trêve. Semons des graines par-dessus les toits, les lacs et les géants. Toi, petit chaperon blottit contre l’instinct d’un loup aimant. Partons dans un pays imaginaire où les enfants ne seraient plus perdus. Où les haricots magiques seraient des tout petits pois. Posons-nous sur cet astéroïde pas plus grand qu’une maison. Traversons les époques, les cultures, les âges et voyons la nécessité, la tradition et la curiosité porter les mêmes couleurs, les mêmes motifs, les mêmes tissages.