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"Un petit chevalier traverse le salon, une épée à la main, en suivant sa princesse de sœur. Je m'arrête et je vous observe. J’aime vous voir jouer ensemble. Tu t’approches de moi et tu fais mine de m’attaquer. Pourquoi fais-tu ça ? Tu me réponds que c’est pour protéger des monstres. Mais il n’y a pas de monstre dans cette maison, Petit Chevalier.

Le repas est prêt. Va te laver les mains. Je suis fatigué, et toi aussi, visiblement. Pose cette épée, Chevalier. Tu me dis que tu as faim. Nous avons tous faim, nous voulons tous passer à table, rapidement. Mais chacun dans sa bulle, absorbés par nos propres besoins, nous ne voyons pas qu’il se réveille. Va à table maintenant. Les pâtes ont quelque chose de réconfortant. J’essuie l’eau que tu viens de renverser. La fourchette à la main, le bras tendu, tu nous observes. Que se passe-t-il à cet instant en toi ? Pressens-tu quelque chose ? Je te demande une dernière fois de poser cette fourchette, ce n’est pas une arme. Ses pas se rapprochent, je ne les entends pas... Dans un bruit de métal tu me dis "non", déterminé. Ta cuillère tombe. "Je" surgis, fatigué, moqué, rejeté, désavoué. Me voilà balayé d’un revers de la main. Les nuances choisissent leur camp. Ne reste pas près de moi, Petit Chevalier, je ne te veux aucun mal. Il est trop tard pour la retenue, trop tôt pour les regrets... Cet instant va faire partie de notre histoire.

Colère. Cette émotion n’a jamais été si forte depuis qu’elle est si peu. C’est déjà fini. Le silence. Les sanglots. "Je" laisse tout en morceau et disparais. Il n’y a plus que moi, désabusé et impuissant, qui vous observe. Tu avais raison il y a bien un monstre dans cette maison…

J’éteins la lumière de la cuisine et je monte les escaliers. Vous dormez, vous êtes beaux. Je te regarde, Petit Chevalier. Je sais que demain tu te lèveras avec un grand sourire, et une énergie intacte. Prêt à reconstruire à mes côtés ce qui a été détruit."