ENV titou et ninou

Eduquer un enfant. Toute une histoire. J'm'en rendais pas compte. Pourtant... Pourtant, j'ai été enfant. Ma mère nous a élevé. Elle a élevé d'autres enfants, aussi. J'ai grandi entouré de petits, et j'm'en rendais même pas compte. Elle avait l'air tellement à l'aise. Ca avait l'air si facile. Un jeu d'enfant, vivre avec les enfants. Et tous ces gens qui l'enviaient, elle, celle qui ne travaillait pas. Celle qui pouvait rester chez elle. Celle qui était là pour ses enfants. Et qui s'arrangeait même pour faire un bon repas, chaque midi, aux enfants de ces pauvres autres, qui devaient travailler, eux.

Et puis, nous sommes deux bons gamins, mon frère et moi. Elle l'a souvent dit. Et elle avait l'air tellement à l'aise... Si facile. Trop facile. Maison bien rangée. Repas bien équilibrés. Enfants bien élevés...

Et puis, on grandit. On devient parents. Et on découvre l'envers du décor. On tombe presque de haut, sans rien voir arriver.  Non, ce n'est pas facile. Pas si facile. Elle me l'a avoué, elle l'a pensé, et puis bien vite oublié... Les enfants sont des petits êtres bien compliqués parfois... Déconcertants, souvent. Et pourtant, pourtant si simples, quand on cherche bien...

Elle me disait "Lache du leste" "C'est si grave?" "C'est si important?" "Laisse-les découvrir" "Ils vont apprendre"...

Ce n'était pas si grave, pas si important. Ils ont bien le droit d'apprendre... On leur a parlé. On s'est renseigné. On s'est tourné vers ce drôle de mouvement, qu'on a découvert presque malgré nous. Education Non Violente, ils appellent ça. ENV. En réfléchissant bien à ces termes, c'est limite flippant de penser qu'une éducation violente puisse exister.

Alors on a tenté de mettre des mots sur ça, l'éducation violente. C'est fou, en effet, complètement fou! Et puis, il y a du monde qui en parle, de tout ça. De l'éducation, de la violence, des fessées, puisque c'est là que se trouve tout le débat.

Aujourd'hui, j'ai les armes pour dire que oui, je suis contre la fessée. Contre ce geste qui n'a jamais tué personne et qui contraint un enfant à être dans le droit chemin, en utilisant de mauvaises raisons. Oui, je suis pour la loi interdisant les châtiments corporels sur les enfants.

Aujourd'hui j'ai les armes nécessaires pour savoir pourquoi on en arrive là, pour souligner le rôle de l'adulte. J'ai tellement de recul que je peux même lui trouver des excuses, à l'adulte : la colère, la fatigue, le patron qui a refusé sa semaine de congé... J'ai les armes nécessaires pour savoir qu'une baffe dans la gueule ou une claque sur le cul, comme on dit si bien, n'a jamais rien résolu. 

J'ai deux belles armes, aussi, pour défendre mes convictions. Ninou, 4ans, et Titou, 2ans. 

Le plus difficile, c'est le préjugé. Le préjugé de la nana qui se laisse marcher dessus. La faiblesse. Alors qu'intérieurement, je me sens si forte d'y arriver... Le préjugé de l'enfant-roi. Celui qui a le droit de tout, qui ne connait pas le "non", l'interdiction. Foutaises! L'idée même, tout simplement, qu'on ne les éduque pas. Alors ils les attendent au quart de tour, mes enfants. Ils n'ont pas le droit à l'erreur. Sinon, c'est certain, ils s'en prendraient une de temps en temps, ils fileraient droit, ces marmots.

Parfois, il arrive qu'ils n'aient pas un comportement exemplaire. Je n'ai pas pour autant envie de les attraper par le haut du maillot en les secouant... C'est difficile, de garder ses convictions, lorsque les regards de toutes les générations sont tournés sur soi... L'enfant qui pleure, c'est le parent qu'on regarde. L'enfant qui pleure, c'est l'enfant que je regarde. L'enfant, lui, petit être intègre, avec sa personnalité, ses besoins, ses émotions...

Alors j'ai appris à garder mon sang-froid. Et aujourd'hui, j'y arrive plutôt bien, avec mes deux belles armes à moi. Parce que je suis tellement fière des personnes qu'ils sont, que je ne regrette absolument pas d'avoir choisi de les éduquer au son de nos voix...