IMG_5326Jamais de la vie je n’ambitionnais devenir mère au foyer. Finir comme ma mère, à torcher les mioches, passer l’aspirateur après chaque repas, faire une vaisselle monstre matin midi et soir, consoler les pleurs et jouer aux gommettes à 25 ans, avoir une maison qui sent la fleur et le cif citron, tout ça pour s’entendre dire qu’on ne travaille pas et qu’on ne fait rien de la journée, non merci !

Ne voir personne, ne faire rien d’autres, espérer que la voisine vienne boire un café en attendant de voir le petit se réveiller...

Me taper les gamins à coucher, la maison à ranger et ne pas me poser avant 22h, y’a plus excitant... Devoir se réveiller la nuit, pour un cauchemar ou un vomis, et se lever, à 7h le lendemain pour recommencer… ça ne me fait pas rêver! Et en plus, pas de congé payé ! pas de RTT !!! Pas d'arrêt maladie !! Non mais c’est carrément l’arnaque ce truc !!!

Au bout de 7 mois de vie Jolie Cœur, retour à la vie active ! Quel plaisir de retrouver des gens, d’avoir des responsabilités, des budgets à gérer, des clients à rencontrer… Et mon bébé, le soir, à embrasser, baigner, caliner...

Et après 2 mois de retour au boulot, décision familiale : j’ai quitté mon emploi, on a quitté la vie parisienne, et on est revenus aux sources. J’espérais retrouver du travail, et à vrai dire, vue mon expérience, j’y croyais dur comme fer ! En attendant le nouveau job tant rêvé, je me suis occupée de Jolie Cœur.

C’est là que je suis devenue doucement maman au foyer… sans m’en rendre compte… Je le suis devenue lorsque les gens me demandait ce que je faisais dans la vie : « je m’occupe de mon enfant en attendant de trouver un employeur… » T’es mère au foyer quoi ! au début, je disais non non, pas mère au foyer, je cherche du taf !… et puis si, en fait, c’est ça mon job, mère au foyer :

Je me lève pour m’occuper de mon enfant. Mon premier geste de la journée est changer une couche. Mes journées sont remplies de biberon de petit dej’, de coups de balai, de jouets à ramasser, de repas à préparer, de lessives à étendre, de pleurs à sécher, de bisous dans le cou et de Bateaux-Ciseaux. Je maitrise parfaitement l’usage du Babycook, j’étend le linge comme personne pour réduire la banette de repassage. Mytosyl, BePanthene, Eosine, liniment sont mes amis. Je connais par cœur la gamme Mustela. Je gère à merveille le roulement des couches lavables, je deviens la pro des nœuds de portage. Je comprends des mots dont plus de la moitié des lettres ont disparu. J’ai la patience de mettre 3 minutes à monter les escaliers derrière un enfant pas pressé.  Je me lève machinalement la nuit pour allumer une lumière rassurante. Et je recommence, chaque jour…

J’ai oublié ce que c’est que de s’offrir le joli petit pull rayé de KooKai, un bel ensemble de lingerie ou un coiffeur pour le plaisir. Je suis devenue dépendante financièrement, moi qui ai toujours su me débrouiller! Mon côté féministe qui se gère et n’a pas besoin de l’homme pour l’entretenir en a pris un coup! Quand tu arrêtes de bosser, tu ne gagnes plus de sous. Si tu ne gagnes plus de sous, tu ne dépenses pas. Alors je n’ai pas de joli pull dans mon armoire, j’ai oublié le gout d’une bonne blanche en terrasse, j’ignore si Sephora est toujours en noir et blanc. Et pourtant.

Et pourtant, même si j’ai envie de prendre du temps pour moi, je crève d’envie de revenir embrasser ma fille à peine au coin de la rue ! Je n’aime plus perdre une heure à trouver le super mascara qui me ferait des yeux de biches, je préfère roder dans le rayon des cosmétiques natures pour bébés. J’adore parler portage, allaitement et tous les principes qui me sont venus depuis qu’on est parents. J’adore défendre mes idées. J’adore me sentir forte de la mère que je suis devenue et qui pourra soulever des montagnes professionnellement une fois tout ça finit !

Je suis heureuse de la personne que je suis devenue depuis ce jour où tu es sortie de mon ventre pour te blottir contre mon cœur. J’ai confiance en cette personne. J’aime la mère que je suis malgré les doutes, les larmes et la fatigue.

J’aime tellement ça, que dans un mois, on remet ça…

Et je dirai fièrement, que dans la vie, je suis maman de deux enfants.